Le nouveau calendrier de grève de la SNCF va être dévoilé ce matin, et il casse tous les codes jusqu’à présent établis. Nous avons rencontré Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots pour essayer d’avoir des réponses sur les enjeux de ce mouvement social et vous proposer en exclusivité de découvrir le nouveau calendrier.


Laurent Brun, bonjour. Vous êtes le secrétaire général de la CGT des cheminots, à l’origine de ce nouveau calendrier. Avant de nous le dévoiler, pouvez-vous nous expliquer le projet ?

Au début, lors de nos premiers mouvements sociaux, nous étions relativement timorés. Nous décidions d’une date de début, d’une date de fin et au milieu c’était à peu près stable. C’était un peu notre période classico-romantique. Avec notre calendrier récent proposant 2 jours de grève tous les 5 jours, ce que nous appelons la « grève par intermittence », nous avons innové. Je dirais que ça nous a fait entrer dans la période cubiste du grévisme.

Mais vous vouliez aller encore plus loin et remplacer cette « grève par intermittence » par quelque chose de plus… fort ?

Pas tellement de plus fort, mais de plus beau. Je pense qu’à ce niveau-là, c’est de l’art, madame. Notre nouveau calendrier de grève, est totalement inédit. Imprévisible, n’obéissant à aucune règle. Les dates ont été choisies avec soin, sans aucune prévisibilité. Je pense qu’avec ce calendrier, nous entrerons dans notre période moderne.

C’est vrai que vous avez pris beaucoup de monde de court en annonçant si rapidement un calendrier de remplacement. Mais quelles sont vos perspectives à plus long terme ? Comment cela va-t-il finir ?

Et bien nous avons beaucoup d’idées, beaucoup de jeunes qui travaillent en coulisses. Notre grève de 2 jours tous les 5 jours a été la première grève dont le calendrier a été généré procéduralement. Nous espérons pour la prochaine aller encore plus loin, et combiner de l’intelligence artificielle avec du data mining afin de créer un calendrier encore plus fort. En parallèle, nous réfléchissons également à un calendier interactif : chaque usager devra lancer un dé à vingt faces pour savoir si son train partira ou non. Si le résultat est pair, l’usager pourra jouer un shi-fu-mi en trois manches contre un de nos représentants syndicaux, et en cas de victoire, l’usager se verra attribuer un numéro qui…

Pardon de vous interrompre, mais quand je parlais de long terme, je voulais dire par rapport à vos revendications, par rapport à la réforme du statut de cheminot…

Ah oui, bien sûr, la réforme. C’est une chose contre laquelle nous lutterons, car la réforme ne doit pas passer. Le statut des cheminots n’est pas une variable d’ajustement. Vous ai-je déjà parlé de notre section recherche et développement ? Leur toute dernière trouvaille est tout simplement géniale : ils ont développé une application.

Une application ?

Oui, pour smartphone. Vous rentrez votre gare de départ, d’arrivée, puis vous répondez à une série de questions. Ensuite, quelque soit votre résultat, votre train sera annulé.

C’est de l’art. Je suis désolé, il n’y a pas d’autre mot. De l’art absurde, contemporain, moderne, néo-classique… appelez ça comme vous voulez. Je ne sais même pas s’il y a un nom pour ça. Je pense que nous avons dépassé de nombreux autres domaines comme la musique ou la peinture, et nous avons atteint notre âge d’or.

Bon. Je pense que c’est le bon moment pour conclure, et quoi de mieux pour ça que de finir tout simplement par présenter ce nouveau calendrier.

Le nouveau calendrier 2018 des grèves de la SNCF
Le nouveau calendrier 2018 des grèves de la SNCF

En conclusion de cette interview, citons cette célèbre phrase probablement attribuée à quelqu’un de relativement connu : « on ne sait pas où on va, mais en tout cas on y va ».